Revue numérique d'histoire actuelle ISSN : 3001 – 0721 — — — Soutenue par la Fondation du Collège de France

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Portraits d'archivistes (par les étudiant·e·s). Aux archives départementales du Nord et aux archives diocésaines de Cambrai

Nouvel épisode de notre série consacrée aux portraits de celles et de ceux qui, partout, travaillent à rendre disponibles et exploitables les archives, avec une variation : dans le prolongement de l'expérience pédagogique de "L'histoire sous vitrine", Tristan Martine a proposé à ses étudiant·e·s de réaliser des entretiens d'archivistes. Dans ce second volet, deux entretiens, avec Hervé Passot, responsable du service des fonds aux Archives départementales du Nord, et avec Caroline Biencourt, conservatrice diocésaine du patrimoine de Cambrai.

Entretien avec Hervé Passot, responsable du service des fonds aux Archives départementales du Nord (par Xavier Flament)

Hervé Passot. Crédit : Xavier Flament.

Xavier Flament : Quelles sont les conditions matérielles de conservation de vos fonds ? Combien de personnes travaillent dans votre institution ?

Hervé Passot : Les Archives départementales du Nord constituent l’un des dépôts d’archives les plus importants de France après ceux des Archives nationales (à Paris et à Pierrefitte). Une cinquantaine de personnes y sont affectées pour gérer plus de soixante-treize kilomètres linéaires de documents rangés dans quarante-neuf magasins, répartis dans des bâtiments couvrant 14 000 m². Cet édifice, inauguré en 2014, est particulièrement novateur : il garantit à la fois la sécurité des collections et obéit à tous les principes du développement durable. Tout en respectant toutes les normes de conservation en termes de température, d’hygrométrie ou de prévention contre les incendies, ce lieu a été conçu comme le premier bâtiment d’archives à énergie positive de France et est aujourd’hui l’un des bâtiments d’archives les moins énergivores. Cette performance est notamment rendue possible par une isolation optimale et par des panneaux photovoltaïques installés sur la toiture.

X. F. : Pouvez-vous nous présenter vos fonds ? Sont-ils uniquement sous format papier ?

H. P. : Comme tous les services d’archives départementales, nous collectons les fonds des administrations et organismes publics ayant leur siège dans le département et qui présentent un intérêt pour l’histoire du territoire. Nous conservons également les fonds de certains organismes privés (entreprises, associations…) ou de particuliers, lorsqu’ils présentent une valeur patrimoniale et qu’ils nous sont confiés sous forme de dons ou de dépôts ou que nous les achetons, comme nous l’avons fait récemment pour des archives familiales du général de Gaulle. Pour vous donner un ordre de grandeur, nous avons collecté, en 2025, 749 mètres linéaires d’archives publiques pour 123 mètres linéaires d’archives privées et de livres destinés à notre bibliothèque.

Le document le plus ancien remonte à 816 : ce sont ainsi douze siècles d’histoire du Nord que l’on peut parcourir à travers nos fonds. Certains ensembles sont particulièrement prestigieux : c’est le cas du Trésor des chartes des comtes de Flandre, des fonds de la Chambre des comptes de l’État flamand-bourguignon, du Parlement de Flandre ou de l’archevêché de Cambrai.

Tous ces documents sont d’une grande variété : il y a bien sûr du papier en grande majorité, mais aussi des affiches, cartes, plans, registres, parchemins, sceaux, photographies, documents audiovisuels, maquettes, documents électroniques, objets…

Bâtiment des magasins, Archives départementales du Nord. Crédit : Jean-Luc Thieffry, photographe aux Archives départementales du Nord.

X. F. : Quelle formation académique avez-vous suivie ?

H. P. : Après un baccalauréat général, je me suis orienté vers des études d’histoire, et en particulier d’histoire médiévale, à laquelle j’ai consacré un mémoire de maîtrise, qui portait sur un hôpital douaisien du XIVe siècle. Ce travail m’a conduit à dépouiller des fonds aux archives municipales de Douai. C’est à cette occasion que j’ai eu l’opportunité de travailler dans le domaine des archives : le service cherchait un vacataire pour une journée par semaine pendant un an. Un peu plus tard, en 1998, j’ai été recruté aux Archives départementales du Nord comme magasinier. J’étais alors agent du patrimoine. Mon travail me permettait aussi d’être en contact avec le public, puisque j’assurais des permanences au guichet et participais à l’orientation des lecteurs. J’ai ensuite passé un premier concours, celui d’assistant qualifié de conservation, que j’ai réussi en 2004. Je suis resté aux Archives départementales avec de nouvelles fonctions, puisque je m’occupais plus particulièrement de la série J, celle des archives privées. En 2007, j’ai réussi le concours d’attaché territorial, et j’ai alors pris la fonction d’adjoint au responsable du service d’accueil du public et de recherche, dont j’ai été nommé responsable en 2013. Depuis 2018 je suis responsable du service des fonds et j’appartiens désormais au corps des chargés d’études documentaires principaux.

X. F. : Pourquoi avoir voulu devenir archiviste ?

H. P. : Outre mon goût pour l’histoire, j’éprouve une profonde attirance pour la matérialité des documents d’archives, dans toute leur diversité. De plus, j’ai toujours été attaché à l’histoire de ce territoire dont je suis originaire et dont les Archives départementales conservent la mémoire. L’idée d’être comme un médiateur entre ces documents et les publics, qu’ils soient chercheurs, étudiants ou simples particuliers, est aussi une grande source de motivation et de satisfaction professionnelle.

X. F. : Quelles compétences sont mobilisées au quotidien ?

H. P. : Ma mission principale consiste à encadrer et à coordonner le travail d’une équipe de dix-huit personnes, que j’accompagne dans toutes leurs tâches – collecte, évaluation et réévaluation des fonds. Nous venons par exemple de terminer la réévaluation des fonds liés à la justice, ce qui nous a permis d’éliminer 861 mètres linéaires d’archives que pratiquement personne ne consulte ou que l’on peut retrouver sous d’autres formes. Le prochain chantier d’ampleur va consister, à partir de 2026, à réévaluer les fonds liés au domaine de l’environnement, au sens large, c’est-à-dire en embrassant également les questions d’aménagement du territoire ou d’urbanisme par exemple. L’objectif est d’avoir une autre approche du tri et de la sélection.

X. F. : Avez-vous des missions de médiation ou de valorisation ?

H. P. : Comme d’autres collègues, je réponds fréquemment à des demandes de recherches formulées par des lecteurs, soit directement en salle de lecture, lorsque j’en exerce la présidence, soit lorsqu’elles sont envoyées par courriel : je les aide à trouver les documents dont ils ont besoin ou leur suggère des pistes de recherche. Cela peut également concerner des administrations ou des professionnels – architectes, ingénieurs de l’environnement par exemple – qui doivent retrouver des pièces susceptibles de prouver quelque chose ou de leur permettre d’exercer leur activité. Il m’arrive aussi souvent d’assurer des visites guidées du service, non seulement à l’occasion des Journées européennes du patrimoine, mais aussi tout au long de l’année pour des groupes d’étudiants. Je leur présente nos fonds, nos locaux, notre histoire et nos missions. Enfin, lorsque l’institution organise des expositions, comme ce sera prochainement le cas sur l’environnement, j’y participe, aux côtés de mes collègues, en prenant part aux recherches documentaires, à la sélection des archives exposées, à la rédaction des textes de présentation, ou à la coordination.

X. F. : Pourriez-vous citer un document qui vous a touché plus particulièrement dans votre carrière ? Un document qui aurait servi à un projet récent ?

H. P. : Ils sont très nombreux ! S’il ne fallait retenir qu’une expérience, je dirais que j’ai été particulièrement marqué lorsque j’ai eu l’occasion de lire les fichiers de recensement de la population juive issus du fonds de la sous-préfecture de Douai. J’en connaissais bien évidemment l’existence, mais le fait de voir les documents originaux m’a profondément bouleversé. De façon plus singulière peut-être, étant donné que nous sommes un centre d’archives, nous conservons également un objet – et non un document – qui m’a également beaucoup touché et que nous montrons au public à l’occasion d’expositions : il s’agit de la tenue d’un déporté politique conservée parmi les fonds privés de la série J. Dans un tout autre ordre d’idées, je me suis tout récemment chargé, pour notre prochaine exposition sur l’environnement, de la transcription de brouillons de Marguerite Yourcenar qui, quelques mois avant sa mort en 1987, a prononcé à Québec un discours se présentant comme un véritable plaidoyer pour l’écologie.

Entretien avec Caroline Biencourt, conservatrice diocésaine du patrimoine de Cambrai (par Mathilde Le Saëc, Bastien Maufroid, Simon Presutto)

Caroline Biencourt durant le chantier de la sacristie de l’église d’Orchies. Crédit : La Voix du Nord

Mathilde Le Saëc, Bastien Maufroid, Simon Presutto : Quel est le statut juridique de votre centre d’archives ? Quels sont les financements de votre structure ?

Caroline Biencourt : Les fonds des Archives diocésaines de Cambrai appartiennent à une association diocésaine dont le statut a été déposé en 1924. Ce sont donc des archives privées d’association, sans aucune obligation légale de conservation en dehors de la durée d’utilité administrative (DUA) des documents à valeur juridique. Comme toute association, le diocèse est tenu par la loi d’avoir un fonctionnement encadré. Les archives dépendent du Service de la conservation du patrimoine qui recouvre les archives, la bibliothèque et le musée diocésain – labellisé Musée de France. S’ajoute à cette responsabilité celle de la Commission diocésaine d’art sacré (CDAS). La constitution diocésaine est soumise au droit canon. Jusqu’au début des années 2000, les archives d’une paroisse correspondaient à un clocher. Depuis le tournant du siècle, avec la baisse des effectifs, on tend à mutualiser ces clochers (et donc leurs archives) vers des paroisses nouvelles.

Le fonctionnement financier se fait uniquement par le denier du culte. L’Église ne bénéficie que de cette ressource pour le traitement du clergé, les salaires des employés laïcs, les actions administratives et pastorales et, donc, de la gestion des archives.

Q. : Pouvez-vous nous présenter vos fonds ? Sont-ils uniquement sous format papier ?

C. B. : Au xixe siècle, quatre archivistes travaillaient à temps plein sur les fonds papier. Nous n’avons aucune indication historique sur la taille des archives, le volume, les types de fonds qu’il y avait à l’époque. Elles occupaient toute une aile de l’ancien palais épiscopal attenant à la cathédrale, incendiée par l’occupant allemand en 1918. Le diocèse ne conserve que quelques épaves d’avant cette date. On a les papiers des évêques pour le xxe siècle, et notamment de Jean-Arthur CHOLLET, plus jeune évêque de France en 1913, secrétaire de l’Assemblée des cardinaux et archevêques (ACA, ancêtre de la Conférence des évêques de France). C’est un fonds très consulté. Les fonds renferment beaucoup de papiers de prêtres récupérés ou légués, des fonds d’archives paroissiales collectés et rapatriés dans nos magasins.

Les fonds sont surtout en support papier. À mon arrivée, j’ai trouvé beaucoup de vracs, des bribes d’inventaires. Il a fallu reconstituer les séries, réorganiser les magasins, faire du tri et commencer le travail d’inventaires, qui n’est pas encore achevé à ce jour.

Q. : Quelles sont les conditions matérielles de conservation de vos fonds ?

C. B. : Nous avons deux magasins. Rien n’est réglementaire. Le premier lieu de stockage est au grenier. Les rayonnages sont en bois, et ne sont pas normés aux tailles des boîtes. En revanche, nous avons un matériel de conditionnement correct, en partie financé par des actions de vente de livres d’occasion récupérés lors de successions et vendus par les soins du service : de bonnes boîtes, des pochettes neutres. Les documents les plus précieux sont dans un coffre ignifugé. Il n’y a pas de plan de sauvegarde car l’archevêché n’est pas un établissement recevant du public (ERP). L’autre local est une ancienne chapelle qui accueille des rayonnages industriels dans une structure autoportée avec des planchers en bois. Elle compte trois niveaux, dont deux étages récolés. Les deux magasins sont pleins, pour un total de 2,5 kilomètres linéaires.

Un magasin d’archives sous les combles de l’archevêché. Crédit : Simon Presutto

Q. : Combien de personnes travaillent dans votre institution ? Combien d’archivistes êtes-vous ? Quel est votre rapport aux autres professionnels qui composent votre institution ?

C. B. : Je ne suis pas toute seule dans ma tour d’ivoire. J’essaie d’ouvrir le plus possible sur la transmission et l’accompagnement des jeunes. Les stagiaires répondent à des besoins en termes d’inventaires. D’autre part, il est intéressant d’être au contact du producteur, d’établir un lien de confiance. Il faut savoir travailler en autonomie, se faire ses propres objectifs. Depuis le temps, avec un travail de fond sur le terrain, on me fait confiance dans le cadre de mon travail ; mais seule, il est difficile de répondre à toutes les sollicitations.

Q. : Quel est votre rapport aux autres services culturels et patrimoniaux à la fois dans votre région et à l’échelle nationale ?

C. B. : Le réseau extérieur est important. J’entretiens des liens avec des archivistes municipaux, départementaux et les autres structures civiles : musées, offices du tourisme. L’objectif est d’être en lien avec tous les secteurs culturels. J’entretiens maintenant peu de liens avec l’Association des archivistes de l’Église de France (AAEF). Faute de temps, je ne peux pas m’impliquer dans un réseau associatif professionnel.

Q. : Comment se structurent vos fonds ? Comment se passe le travail de collecte ? Comment sont mises en place la conservation préventive, curative et la restauration des documents dans votre structure ?

Nous n’avons pas les moyens de mettre en place des actions d’archivage électronique. On fait un peu de sauvetage : par exemple, au décès d’un prêtre, on copie ses disques durs qui contiennent des documents paroissiaux et personnels. Un serveur conserve tous nos documents. La collecte des archives s’effectue surtout lors d’événements particuliers, comme la réorganisation des paroisses ou au moment du changement de nomination des prêtres. Les fonds arrivent souvent sans bordereau de versement et sans classement, ce qui nécessite un important travail de tri et de constitution des inventaires. Faute de moyens humains et financiers, la restauration reste très rare et le travail consiste surtout à préserver les documents et à éviter leur dégradation.

Cambrai, église Saint-Roch. Projet de construction : lettre de l’architecte Pierre Pinsard, photographie d’une maquette, copie de plan (1959, 18 décembre – 1964, 13 mai). Crédit : S. Presutto

Q. : Avez-vous fait face à des décisions de tri particulièrement délicates dans certains dossiers ?

C. B. : Certaines décisions de tri peuvent être délicates, notamment lorsqu’il s’agit d’archives personnelles de prêtres. Ces dossiers peuvent contenir des correspondances, des écrits personnels ou des journaux intimes. Dans ces cas, je tiens compte des volontés exprimées par les personnes concernées, par exemple lorsqu’un testament prévoit la restitution de certains documents à la famille. Certaines situations peuvent également être sensibles sur le plan juridique, notamment lorsque des dossiers concernent des affaires d’abus, des enquêtes menées par les autorités civiles ou la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE). Ces documents peuvent contenir des éléments de preuve et doivent être traités avec prudence afin de respecter les obligations légales et de confidentialité.

Q. : Avez-vous des missions de médiation ou de valorisation ? Comment évolue la valorisation de vos fonds à la fois dans vos murs et sur internet ?

C. B. : Les fonds restent peu accessibles faute de personnel, de capacités d’accueil et d’inventaires. La médiation et la valorisation existent mais restent limitées. Travaillant seule, je dois avant tout me consacrer à la collecte, au classement et à la sauvegarde des archives. Les locaux ne permettent pas non plus d’organiser facilement des expositions ou des actions destinées au public. Tous les inventaires sont mis en ligne au fur et à mesure sur le site diocésain.

Q. : Quels types de publics sont concernés par vos fonds (professionnels, universitaires, scolaires) ? Qui peut les consulter et selon quelles modalités ?

C. B. : Les archives diocésaines peuvent concerner plusieurs types de publics. Les fonds intéressent notamment des chercheurs travaillant sur l’histoire religieuse ou locale, mais aussi des particuliers engagés dans des recherches généalogiques. Les registres de catholicité (BMS) constituent une source particulièrement sollicitée. Cependant, l’accès aux archives reste conditionné par les moyens du service. Il m’est difficile de répondre à l’ensemble des demandes de recherche qui me sont adressées. J’ai dû renoncer à traiter certaines recherches généalogiques pour les particuliers afin de pouvoir me concentrer davantage sur les missions essentielles du service. L’accès aux archives reste donc possible, mais il s’inscrit dans un cadre contrôlé qui tient compte à la fois des règles de communicabilité des documents et des moyens humains disponibles au sein du service.

Valenciennes, sanctuaire du Saint-Cordon, basilique. Église Notre-Dame, érection en basilique mineure : bulle de consécration par Pie XI (1922, 10 juillet). Crédit : S. Presutto

Q. : Pourquoi avoir voulu devenir archiviste ? Quelle formation académique avez-vous suivie (études ou formation continue) ?

C. B. : Cela a été un concours de circonstances : je travaillais sur des archives religieuses en tant que lectrice et l’archiviste diocésain a été mon interlocuteur privilégié : il m’a proposé de venir travailler au diocèse. Or, ce n’était pas du tout ce que je voulais faire initialement : je comptais devenir maîtresse de conférences, faire une thèse… Mais mes proches m’ont poussée à accepter la proposition du diocèse et j’ai été recrutée sur la base de mes compétences de chercheuse et d’historienne, mais avec la volonté d’un approfondissement d’études à la clef. Je suis partie à Angers et j’ai pu passer directement en deuxième année de DESS Histoire et métiers des archives, comme j’étais en poste et que j’avais le niveau universitaire requis. C’était d’autant plus important qu’à l’époque la majorité des archivistes diocésains n’avaient pas de formation professionnelle spécifique. Cela a ouvert la voie aux nouvelles générations : les diocèses recrutent davantage de professionnels aujourd’hui.

Q. : À quoi ressemble votre journée type ? Quelles compétences sont mobilisées au quotidien ? Avez-vous rencontré des difficultés dans votre carrière ? Par exemple en lien avec la gestion de tâches très différentes ?

C. B. : Je n’ai pas de journée type. Mais elles ont un point commun, c’est le zapping. Entre la gestion des archives, des objets mobiliers, des demandes de chercheurs, je n’ai plus de temps à accorder pour faire du travail de fond, ce qui est très frustrant. Pourtant, on en a besoin pour se vider la tête et c’est satisfaisant d’avoir la sensation d’avancer sur les programmations fixées. Mes compétences se résument à la coordination. J’ai dû renoncer au perfectionnisme : il y a toujours une urgence qui vient en chasser une autre. Je fonctionne donc avec des plannings forcés en mono-tâche, sous peine de ne pas avancer. 

Q. : Entre ce que vous avez appris pendant vos études et votre expérience sur le terrain, quelles sont les principales différences ? Quels conseils donneriez-vous à un étudiant souhaitant s’orienter vers ce métier ?

C. B. : Entre la théorie et la pratique, il y a un grand fossé, surtout dans le monde associatif ou bénévole. À ma sortie d’études, je voulais appliquer rigoureusement ce que j’avais appris dans ma formation universitaire. Mais la réalité du terrain est tout autre : il faut faire avec des gens non conscients de la valeur patrimoniale des archives, d’autant plus que l’âge et la fatigue ne favorisent pas une forte responsabilité. Dans cet état d’esprit, c’est assez difficile d’appliquer des grilles professionnelles (bordereaux de versement).

De prime abord, être archiviste semble être un métier très austère, peu prisé dans les parcours de sciences humaines. Mon premier conseil : il faut avoir été chercheur avant de devenir archiviste car cela paraît essentiel pour se faire sa propre opinion de ce que doit être un document. Le deuxième conseil est d’avoir conscience du regard dubitatif porté sur l’archiviste dans une structure, d’autant plus qu’il fonctionne sur du bénévolat. Si l’on n’est pas soi-même convaincu du bon escient de son action, on ne peut pas convaincre des personnes qui se sentent peu concernées par le sujet. Il est plus facile de convaincre si l’on a un bon relationnel avec la personne en face.

Le troisième conseil est de prendre conscience des évolutions futures du métier d’archiviste. Cela pose plusieurs questions sur les usages, la conservation, la nature des archives. Dans le diocèse, on a encore le luxe d’avoir beaucoup de fonds non inventoriés : cela nécessite de continuer à faire le traitement traditionnel des archives. En revanche, je m’inquiète fortement sur la problématique de la conservation des archives électroniques.

Il y a des moments difficiles du fait de la considération du mot « archives », de l’image que cela renvoie, de l’intérêt relatif que cela porte pour les gens. Mais grâce aux relations du terrain, j’aime toujours ce que je fais et j’ai grand plaisir à transmettre mon expérience aux futurs professionnels que j’accueille. Ainsi, j’assure la transmission de la connaissance des fonds qui reste fragile, car liée à une seule personne.

Publié le 3 novembre 2026
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