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Immersion en Révolution : de la mise à l'écrit à l'aventure sonore (1)

Cette année, des élèves du collège Antoine de Saint-Exupéry de Rosny-sous-Bois se sont trouvés embarqués dans un projet autour de la Révolution française, lancé par leur professeure d’histoire et leur professeure documentaliste. Pour Entre-Temps, elles reviennent sur sa genèse et son déroulé, avec ses espoirs, ses contraintes et ses (légers) revers. Ce premier épisode raconte sa conception, depuis la mise à l'écrit vers l'aventure sonore.

La pédagogie de projet est-elle une révolution ? En tout cas, elle a le vent en poupe dans l’Éducation Nationale ! Pour les professeurs et les élèves, il est certes plaisant de sortir un peu des sentiers battus, du sacro-saint cadre « classe », afin d’apprendre et faire apprendre différemment. Beaucoup de textes et de discours officiels y incitent, même si c’est plutôt de l’arrivée de nouveaux collègues en début d’année et des discussions en salle des professeurs pendant la récréation que naissent ce genre d’idées. La rencontre, ici, fût celle d’une enseignante en histoire, Florie Varitille, et d’une professeure documentaliste, Ophélie Voirin. Deux disciplines, deux parcours et deux visions, finalement complémentaires, du projet.

Florie Varitille : Nouvellement arrivée au collège Saint Exupéry de Rosny-sous-Bois, après avoir eu quelques premiers contacts avec les élèves de 4e, je me suis rendue dans ce lieu refuge de tout professeur de sciences humaines : le CDI. J’avais une idée : mes élèves allaient devenir des journalistes révolutionnaires ! Ils allaient écrire des articles sur les événements, à l’image du Père Duchesne de Hébert. Bref, un journal du collège version 1789. C’est là que ma rencontre avec Ophélie a complètement transformé ce projet classique en aventure sonore : « et si, à la place du papier, nous faisions un format audio ? » m’a-t-elle proposé. « Et si, à la place d’un journaliste, ils incarnaient une personne vivant ces événements ? », « et si, à la place de unes de journaux affichées sur un mur du CDI, on créait des QR-Code : les élèves les flasheraient pour s’écouter les uns les autres ? ». Et c’est ainsi qu’Ophélie a déconstruit pour mieux reconstruire cette idée toute simple.

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Ophélie Voirin : En effet, j’ai vu dans le projet que proposait Florie l’opportunité d’en faire quelque chose d’un peu plus « high-tech », avec cette volonté de dépoussiérer les apprentissages. Partir de ce qui parle aux élèves, à savoir l’utilisation des tablettes et des smartphones, ces « objets du diable » habituellement proscrits dans les collèges, pour leur permettre d’apprendre autrement. Et puis surtout, en tant qu’amatrice de jeu de rôle, je trouvais intéressant de leur faire directement interpréter des personnalités à travers lesquelles ils vivraient les grands événements de la Révolution française. C’est une façon différente, à mon sens, de prendre goût à l’histoire.

Il était donc l’heure pour l’histoire d’être incarnée. À chaque groupe d’élèves, un personnage et une journée révolutionnaire. Pour ce faire, place à la recherche documentaire : pour les y aider, Ophélie Voirin a créé un « Padlet », une sorte de « mur virtuel » qui rend possible l’affichage de tout type de document et de site web afin de les diffuser et les partager. Le but : éviter qu’ils se perdent sur Internet, mais également les faire travailler sur autre chose que Wikipédia.

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Le Padlet créé par Ophélie Voirin

En deux séances, au CDI, les élèves ont rassemblé des informations sur la personnalité et l’évènement qui lui correspondait, via un document de collecte. Bien évidemment, petit couac attendu : le fichier préalablement déposé sur le Padlet n’est pas compatible avec les ordinateurs du collège. Ce n’est pas très grave, la technologie a ses limites. Le petit détour par le papier reste une valeur sûre.

Document de consignes. F. Varitille.

Recherche effectuée, brouillons ramassés pour éviter toute perte, les groupes d’élèves ont pu se mettre à la rédaction de leur texte : « Incarner un personnage et vivre une journée révolutionnaire ». Un challenge entre celles et ceux qui avaient hérité d’une femme ou d’un homme ayant réellement existé et les groupes qui devaient créer une identité à un individu fictif. C’est ainsi qu’est apparu Jean-Baptiste Duport, artisan spécialisé et imaginaire, qui aurait participé à la prise de la Bastille. Ce passage par la rédaction a permis d’aborder le quotidien des personnes de la Révolution française, que les élèves ont du mal à appréhender. Bien sûr, plusieurs séances de réécriture du texte ont été nécessaires : d’un commun accord, la professeure d’histoire et le groupe responsable de l’assassinat de Marat vu par Charlotte Corday ont sauvé cette dernière de la chaise électrique. Ce fut une belle négociation chargée d’anachronisme !

Le texte rédigé, le projet lancé, il ne restait plus qu’aux élèves à s’enregistrer.

Publié le 30 mars 2020