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L'école au musée : le modèle noir pour exemple

De quelles statues avons-nous besoin pour le XXIe siècle ? Quels nouveaux visages pouvons-nous donner à notre histoire ? Samedi dernier à la maison de la culture de Seine Saint-Denis, pour la première rencontre du cycle "Toute notre histoire", Anne Lafont et Patrick Boucheron ont commencé à évoquer les multiples personnages de notre histoire commune. L'occasion pour Entre-Temps de relire l'article consacré par l'historienne à l'exposition "Le Modèle noir de Géricault à Matisse", tenue au musée d'Orsay au printemps 2019, ou plutôt à son double, "Le Modèle noir d'Achille à Zinèbe", qui exposait les œuvres produites par des collégiens et lycéens d'Île de France.

Pasqualina F., « Danseuse africaine ». Lycée Delacroix de Drancy, Académie de Créteil.

L’école au musée : le Modèle noir pour exemple

L’exposition Le Modèle noir de Géricault à Matisse qui s’est tenue au printemps 2019 au musée d’Orsay a ouvert un nouvel horizon à l’histoire de l’art, un horizon politique et esthétique encore peu exploré, à tout le moins en France. Cet événement qui a montré la part commune de l’histoire de France et de l’histoire des populations noires a connu un succès public et critique ; il a aussi fait la démonstration, par et autour de l’Olympia de Manet, que la modernité picturale devait désormais être articulée à cette solidarité d’expérience esthétique. Cette nouvelle ère, où l’histoire de l’art accepte que son questionnaire s’ajourne à chaque génération sans rien céder à son ambition de faire des formes artistiques la source première de l’histoire, avait été anticipée par les équipes du musée, qui, dans les premiers temps de la conception de ­l’exposition, avaient proposé à des enseignants du secondaire de ­s’associer à ce parcours à travers l’art du XIXe siècle à partir des modèles noirs qui ­l’habitent. Ce projet a donné lieu à l’exposition Le Modèle noir d’Achille à Zinèbe, pendant éducatif du Modèle noir de Géricault à Matisse, qui s’est tenue en parallèle au quatrième étage du musée.

D’Achille à Zinèbe

Un partenariat entre le ministère de l’Éducation nationale et le musée d’Orsay, et plus concrètement encore entre les inspecteurs d’arts plastiques des académies de Paris et de Créteil et le service éducatif du musée d’Orsay dirigé par Rosa Djaoud, a donné lieu à ce qui s’avère être l’un des aspects les plus surprenants et les plus émouvants de la première appropriation de l’exposition par un public de jeunes gens. Encadrés par leurs enseignants, un certain nombre de collégiens et de lycéens d’Île-de-France[1] se sont engagés dans une discussion artistique avec l’histoire et la peinture ou la sculpture, par la récupération et la projection de pièces anciennes qui furent au fondement de la création d’œuvres d’aujourd’hui. Ce faisant, les élèves ont montré leur inventivité mais également manifesté – non pas leur immodestie quoi qu’elle n’aurait pas été hors de propos – leur capacité à côtoyer et à se mesurer à des formes de représentations anciennes hyper-contextualisées, comme le Portrait de jeune femme noire, dit aussi désormais Portrait de Madeleine, de Marie-­Guillemine Benoist, ou le buste représentant une femme des Colonies par le sculpteur Charles Cordier.

Si l’on veut identifier la part éducative de ce projet artistique selon la répartition disciplinaire propre à l’école, la leçon fut certainement celle des arts plastiques, de l’histoire mais encore de l’éducation civique, car il n’a pas échappé à nos jeunes artistes que l’ambition du rassemblement thématique d’œuvres d’art figurant des personnages noirs était aussi d’ouvrir à des questions comme celle de la communauté dans la différence ou encore du rôle de l’image et de l’art dans la fabrique de l’appartenance à une société, en soi diverse, et depuis fort longtemps.

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Consulter le programme des rencontres du cycle « Toute notre histoire » sur le site de la MC93.

Publié le 29 septembre 2020
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